Juin 2019 - Un cours de formation CCS… au fil des marées!

Updated: Aug 2, 2019

A cette place, j'aimerais remercier Sam de tout cœur de nous faire partager NOTRE croisière avec SES mots et SES ressentis. Il se passe tellement de choses durant une semaine de navigation, qu'en tant que skipper il n'est pas possible de tout maîtriser, de tout capter, de tout comprendre.. ce récit m'encourage dans mes démarches nautiques, car je crois qu'il y a encore tant de belles choses à partager.

Markus

Récit de Samantha

Naviguer au fil des marées, c’est naviguer avec le temps… et c’est vivre hors du temps.

… de ville en ville, d’île en île…

… d’en heure en heure, de courant en courant

… de chenal en chenal, d’alignement en alignement, d’amères en amères…

… de découverte en découverte, de rencontre en rencontre…

… d’apprentissage en apprentissage, d’expérience en expérience…

… d’appréhension en ressource, de joie en passion…

Partir en mer de Saint- Malo et naviguer dans le bassin entre l’Île de Bréhat, les îles Anglo-Normandes et Cherbourg est un véritable défi en matière de navigation. Si l’on succombe à la tentation de ce plan d’eau, il sera impossible d’échapper aux mouvements des marées et à ses courants, dont tout dépend dans cette région. En faire un véritable jeu de piste, dans lequel cependant il faut impérativement rester concentré, c’est tout d’abord un jeu d’équipe… Et le jeu d’équipe commence de suite, encore avant même d’être parti.


Mardi 19 mars 2019 :

Séance d’équipage et de préparation à la croisière…

Comme lors du dernier récit (cf récit Malaga – Les Canaries sur TE FITI octobre 2018) Markus organise une soirée d’équipage, qui a comme objectif de faire connaissance entre les équipiers, d’en apprendre un peu plus sur le déroulement des croisières, en définir les règles et attitudes à adopter à bord, et de répondre aux questions que nous pouvons nous poser. Etant donné que nous avons tous déjà navigué avec lui, nous parcourons cette mise en bouche comme un délice annonciateur…..

… nous découvrons notre bateau : un Jeanneau Sun Odyssey 389 (2017), TEEYAH. Quelle belle surprise… parmi nous, Markus, Didier et moi le connaissons déjà: un dériveur qui permet d’échouer sur sa quille relevable et ses deux safrans. L’an passé, lors de la croisière de formation, il nous avait laissé de mémorables souvenirs de partages, surtout lors de l’échouage à Chausey. Quel va être le récit dont il va être le témoin cette année ? Vous le découvrirez tout au long de ces lignes….



… et nous nous retrouvons : à l’exception de Florent, nous avons tous déjà navigué ensemble ou parmi avec Markus. C’est l’occasion de se remémorer les beaux et intenses moments partagés pendant les croisières précédentes et de créer de nouveaux liens et dynamiques.

Qui sommes-nous ?

Markus, notre skipper, Florent , notre skipper 2, Serge, Fabien, Didier et moi.




Vendredi 20 juin 2019 :

Lausanne – Saint-Malo

Nous arrivons à Saint-Malo après plus de 8 heures de voyage en train, pendant lesquelles nous faisons plus d’ample connaissance et abordons les points qui vont rythmer notre croisière : ébauche de plan de navigation et répartition des tâches à bord. A la Marina des

Sablons nous prenons rapidement possession de Teeyah et immergeons dans cette effervescence du port que nous avons du plaisir à retrouver ou à découvrir pour d’autres, à marée basse avec ses centaines de bateaux. Nous partons rapidement faire l’avitaillement, pendant que les 2 skippers prennent en main le bateau avec tous les contrôles qui s’imposent. Une fois l’ordre à bord terminé, nous décidons d’aller manger au restaurant « La Cale Solidor » et admirer la montée de la marée qui s’offre à nous dans un paysage idyllique. Nous rentrons au bateau, on s’affaire à préparer la navigation du lendemain pour certains, à relever la météo pour d’autres et enfin trouver le sommeil.


Qu’avons-nous retenu de cette première journée ?

  • Prise en main du bateau : il est essentiel de parcourir et tester l’ensemble du bateau afin de pouvoir en vérifier son fonctionnement, ses emplacements, sa conformité et ainsi assurer notre sécurité à bord. Nous allons demander de changer d’annexe car visiblement dégonflé et donc troué.

  • S’informer sur la météo du lendemain et de son évolution : transmise sur le canal 16 sur lequel nous sommes déjà syntonisés. Nous la comparons avec les systèmes disponibles sur tablette, comme Windy et Weather 4D. Nous profitions pour observer ces diverses projections, les comparer entre elles et la réalité. Ce soir, son évolution des prochains jours, nous permettra de prendre la décision quant au trajet de notre croisière: Ile de Bréhat, Guernesey, Alderney, peut être jusqu’à Cherbourg et le Raz Blanchard, et retour sur Saint Malo ….

  • Préparation de la navigation du lendemain : il est également essentiel de bien se préparer : coefficient de marée, horaires de PM et BM, courants, particularité du port (seuil de sortie à 2m à Saint-Malo), et n’oublions toujours pas la météo. Donc pour demain : direction Iles de Bréhat. La météo prévoit une journée ensoleillée, mer calme, vent E Force 3-4 se renforcent pendant la soirée. Nous prenons connaissance des mouvements de marées, des courants, du vent… et tous ces alignements, amères et chenaux par lesquels nous passerons. Et nous estimons notre route avec tous ces caps. Marée à Saint Malo : coeff 62, BM 05h31 à 2.95m, PM à 10h59 à 10.40m, BM à 17h41 à 3.45m, PM 23h12 à 10.40m Donc premier impératif : pour sortir et passer le seuil des 2 m, nous pouvons quitter le port au plus tôt à 7h30. Nous optons pour une sortie par le Grand Chenal, donc nous relevons tous les amères, les bouées et phares que nous allons/devons rencontrer lors de notre sortie. Nous allons alors identifier l’alignement à prendre entre les deux phares verts de la Balue et des Bas Sablons pour sortir de la rade et se trouver dans l’embouchure de la Rance à l’alignement 308, la première cardinale W que nous laisserons à bâbord ou la Sud à tribord, puis la bouée du Buron à bâbord, et ainsi poursuivre dans l’alignement du chenal de la Petite Porte qui nous porte au phare Le Grand Jardin qui faudra laisser à tribord et à la hauteur du quel faudra prendre à 270, en laissant la cardinale E « le Sou » à bâbord. Les courants sont assez forts en vive-eaux, mais notre coefficient du jour à 62, nous permettra de ne pas se faire déporter sur les roches bordant le chenal.

  • Répartition des rôles à bord: préparation et suivi de navigation, aide à la navigation, information météo, fonctionnement et veille radio, tenue du livre de bord, contrôle du moteur, maintien de l’ordre à bord et fermeture des hublots. Nous optons pour que les rôles tournent afin pouvoir tous s’y exercer.


Samedi 21 juin 2019 :

Saint-Malo – Ile de Bréhat

Prévision météo, mer calme à peu agitée, houle de 1.5m, vent Est force 3-4, visibilité très bonne, soleil (commandé par Serge), tendance du lendemain E3-4/5,

8h00, Briefing Sécurité à bord :


Ce petit fascicule vous aide à parcourir sans oublier les points à tenir en compte en terme de sécurité, donc loin de là de vouloir en faire la publicité, mais d’en citer le mérite d’être complet, succinct et très facile à utiliser et suivre, pour ne rien oublier.

Nous quittons le port à exactement 9h00 ce matin, avec Didier à la barre et Fabien en tant que navigateur. Encore dans l’enceinte du port, nous testons la réaction du bateau en marche arrière pour déterminer le pas de l’hélice. Comme convenu nos prenons le cap vers la Porte du Petit Chenal en « barrant à l’envers » pour nous permettre de suivre l’alignement entre les deux phares verts de la Balue et des Bas Sablons. La visibilité est très bonne, le soleil brille, la mer est calme : les amères sont facilement reconnaissables. Nous hissons rapidement la GV. A 9h50, à la hauteur du Grand Jardin, nous prendrons le Grand Chenal au 270°. A 12h40, en raison de la force du vent (E/3-4) nous décidons de sortir le SPI et faire quelques exercices d’empannages. Nous profitions également d’essayer de naviguer à tour de rôle à la barre de secours. Nous naviguerons au grand largue pendant presque 4 heures, puis comme prévu, le vent forci, l’affalons et sortons le Génois. Nos naviguerons jusqu’à l’entrée du chenal du Trient à la voile, nous allumerons le moteur juste avant de s’enfiler dans le chenal du Kerpont.

Dans la Corderie, nous essayons, sans succès, de trouver une bouée de libre pour nous s’y amarrer pour la nuit. Le fond est trop bas même avec la quille relevée : l’alarme de haut fond sonne à 2.3m (sonde à 2m) et la mesure disparaît nous laissant à l’aveugle. Nous décidons immédiatement de battre en retraite. Nous optons ensuite de mouiller dans la baie d’en face. Nous faisons un tour de repérage, frôlons un gros caillou non répertorié ni sur les carte, ni sur les tablettes... (ceci reste quand-même un mystère, aujourd’hui nous la voyons même sur Google-Earth !) et nous restons alors très vigilants avec la vitesse à peine enclenchée avec deux équipiers en vigie à l’avant du bateau. Nous trouvons finalement une place de mouillage à l’entrée de la baie, en accord avec les variations des hauteurs de marées, les courants auxquels nous allons être soumis, sans parler de la force du vent qui va forcir pendant la nuit (jusqu’à 27 kn). Nous établissons également la longueur de la chaîne qui nous permettre d’être solidement tenus pendant la nuit. La manœuvre de mouillage prend fin à 17h42. On fait rapidement un briefing pour la dernière manœuvre et on peut enfin se reposer, et manger : je préparerai un filet de cabillaud dans sa robé d’été. Nous préparerons ensuite la navigation pour le lendemain, et irons dormir …

Prévisions météo de la nuit : E3-5, avec des rafales à 27 kn, mer belle à agitée, houle de 1.5m, visibilité moyenne. Tendance pour demain : pluie légère


Qu’avons-nous retenu de cette journée :

  • Relevés des cartes : les dangers ne sont pas tous recensés : il faut donc toujours rester sur ses gardes.

  • Manœuvre de mouillage – ancre: en zone sujette aux marées, les calculs nous permettant de rester bien amarrés sont essentiels, et en conséquent de déterminer la longueur de la chaîne nécessaire (*). Autre facteur essentiel, connaître la longueur exacte de la chaîne du bateau. Le mouillage pourra se faire en toute sécurité si ces deux facteurs sont réunis. Pour cette nuit nous serons obligés de rallonger la chaîne de 5 m avec un câblot. (*) pour ceux qui l’ont suivi, vous pouvez toujours vous référer au polycopié du cours pour l’obtention du permis mer du CCS et les innombrables exercices de marées qui y sont proposés : https://www.cruisingclub.ch/fr/permis-mer-info.

  • Communication : nous avons pu tester l’importance de la communication entre équipiers pendant la manœuvre de mouillage. Afin de pouvoir manœuvrer en toute sécurité il est essentiel, que les manœuvres puissent être connues et comprises à l’avance de tous, ainsi que les rôles de chacun. Les informations doivent être transmises en termes clairs, de manière succincte au barreur afin qu’il puisse effectuer en toute sécurité sa manœuvre. Petit rappel également : le dernier mot revient toujours au skipper, seul décisionnaire à bord.

  • Barre de secours : lors de cette formation, nous prenons connaissance que la barre est très peu manœuvrable, mais surtout qu’elle n’est pas adaptée à notre bateau. En effet elle ne peut pas pivoter de plus de 30° en raison de la position de la barre. Un essai est donc à suggérer lors la prise du bateau.

Aujourd’hui nous avons parcouru 49.07M dont 36.53 à la voile.


Dimanche 22 juin, Jour 3 :

Île de Bréhat – Guernesey

Quelle nuit !!!! Nous avons tous dormi que quelques petites heures, interrompues par la houle de travers, les rafales de vents, le froid, la pluie, la crainte de l’amarrage et de la tenue de l’ancre, sans parler du déplacement du bateau du au courants et la marée et la proximité des rochers aux alentours. De ma vie, la pire nuit de mouillage, et pourtant j’en ai déjà fait sans dormir une seule minute.

Avant de partir dormir hier soir, nous nous demandions qui allait être le plus fort, le vent ou le courant ? Nous avons eu notre réponse... parfois le vent, parfois le courant. Difficile à supporter quand les 2 ne vont pas dans la même direction…

A 8h00 nous levons l’ancre en direction de Guernesey. Les conditions météo sont presque automnales, la visibilité est de 6M, le temps gris et comme annoncé, avec une pluie légère. Nous repartons par le Chenal du Trient et hissons rapidement les voiles. Le vent souffle à E4, la mer est agitée, et au près, nous prenons direction le phare des Roches Douvres.

La journée va être longue, interminablement grise et ennuyeuse … nous essayons de la rendre vivante, en se mesurant à un RM qui quitte le chenal en même temps que nous, en écoutant les blagues de Serge qui est en pleine forme, en partageant la navigation de l’an passé (de nuit en direction opposée entre Guernesey et Tréguier) lorsqu’on a trouvé l’approche du phare du plateau des Roches Douvres interminable… Nous profitons d’échanger nos expériences de navigation, d’un picnic aux crevettes roses péchées l’avant-veille chez Carrefour, de retrouver les forces après la mauvaise nuit de la veille, préparer l’approche de Saint-Peters Port à Guernesey, avec ses phares et alignements, et surtout de s’exercer à la navigation « en crabe ». Le bateau est parfois complètement de travers pointant loin de notre destination, mais le cap est bien maintenu. C’est une sensation étrange, non tangible et sans instruments, complètement insaisissable. Nous amarrons dans l’avant-port de Saint-Peters à 17h30. Les emplacements sont rares et plusieurs bateaux sont à couple. Nous trouvons une place juste au début du ponton. Nous allons faire quelques achats pour compléter l’avitaillement, pendant que d’autres nettoient le bateau. Nous profitons des installations sanitaires et puis partons à travers la ville à la recherche d’un pub pour prendre l’apéro. Le repas se fera à bord : Didier nous fera son poulet à la moutarde et sa tarte fine à la crème, sans petits fruits rouges, oubliés lors de l’avitaillement. Encore DÉSOLÉ Didier !

Aujourd’hui nous avons parcouru 44M, dont 26.7 à la voile. La traversée a duré 10h30.


Lundi 23 juin, Jour 4 :

St. Peters Port, Guernesey – Alderney, via le passage du Swinge (ou Singe pour les francophones)

Pour la navigation d'aujourd’hui nous prévoyons environ 5 heures de navigation pour parcourir les quelques 25M qui nous séparent d’Alderney.

Météo : E2, mer calme, pas de houle, visibilité à 2M

Marée de Saint-Malo :

BM à 6h39 avec 3.85m, PM à 12h14 avec 9.50m, BM à 18h52 avec 4.35m

Correction pour Guernesey :

BM à 649 avec 3.50m, PM à 12h34 avec 7.30m, BM à 19h48 avec 2.35m


Je me réveille très tôt ce matin. Je décide d’en profiter pour aller faire un tour à pied et rejoindre le château Cornet, construit en 1204, à l’entrée de la digue du port. La visibilité est quasi nulle, les cornes de brume au musoir du brise-lame du château, qui forme la jetée Sud du port, s’entendent au loin avec un son continu tous les 15 sec. La rosée est là, quelques promeneurs, coureurs, et les quelques bateaux qui probablement rejoignent Jersey au vu de l’heure du départ et des prévisions de courant… Ils sortent du port comme les maillons d’une chaine et disparaissent dans le brouillard. Je fais l’impasse sur le fait qu’il est 5h du matin, mon téléphone ne s’étant pas mis à l’heure locale … pour moi il est donc une heure plus tard.

Tout d’abord avant de continuer le récit de cette étape, une petite parenthèse explicative (de Wikipédia) sur le chenal du Swinge que nous allons parcourir pour arriver à Alderney.



Le terme Swinge vient du vieux norrois "swinnr" qui est passé dans le vieil anglo-saxon swingan et le normand swinge, pour désigner quelque chose de violent et brute qui frappe, heurte, bat avec force et rapidité. Par déformation locale et en raison de la proximité de la prononciation, le courant Swinge a donné son nom au "passage au Singe" qui sépare les îles d'Aurigny et de Burhou. Le courant marin du Swinge est connu des marins comme dangereux atteignant la vitesse de 9 nœuds en vives-eaux en créant de nombreux remous en particulier lors de vents contraires. À marée montante, le courant se dirige vers le nord-est et à marée descendante, le courant se dirige vers le Sud-ouest. Au moment de la renverse, il se forme dans le passage un courant traversier au nord. Le courant Swinge est un prolongement de celui qui circule dans le passage du Raz Blanchard où sévit l'un des courants de marée les plus puissants d'Europe, situé entre la pointe W du cap de la Hague et l'île anglo-normande d'Aurigny, à l'entrée nord du passage de la Déroute. Le port de Braye situé juste au Nord de la ville de Sainte Anne est protégé par une longue et puissante digue afin de protéger les installations portuaires et les bateaux de ce courant agité en permanence. Sur la côte nord-orientale de l'île d'Aurigny s'élève le phare de Mannez (pour les anglophones) ou Quenard (pour les francophones) qui indique aux navigateurs l'entrée du passage du Singe et des dangers des courants du raz Blanchard et du Swinge. Pour tout vous dire, même le Pilote Côtier déconseille de prendre le passage en voilier …

Ceci dit, il est donc primordial et impératif que nous puissions prendre le passage avec des courants favorables. L’heure de départ de Guernesey devra se faire à 10h00 UTC+1. Nous profitons de larguer les amarres à 9h12 pour faire des exercices d’amarrage dans l’avant-port. A tour de rôle nous nous amarrons au ponton d’attente. A 10h22 nous prenons le 40° en direction d’Alderney, sur le chenal du Petit Russel, en alignant le phare de l’entrée du port et Belvédère. Nous profitons également de la mer plate pour regonfler l’annexe (qui était finalement autant inutilisable que celle que nous avons changée avant le départ) et faire une formation sur la météo. Nous nous faisons porter à une vitesse de 8 nœuds grâce au courant. A 11h05 nous hissons la GV. A 12h59, la houle de 1m se fait sentir et nous entrevoyons déjà les premières iles contournant Alderney.


En essayant de faire demi-tour, nous sommes déportés par les courants sur les rochers

Nous avançons carrément « en crabe ». Rapidement nous nous trouvons dans le chenal. La mer frémit, les assiettes apparaissent, nous sommes portés par le courant. Nous demandons à essayer de mettre le bateau à contre-courant pour voir sa réaction. De 8 nœuds nous passons à 2.1… et pensons que le bateau avance. Nous allons nous rendre bien compte en regardant notre parcours sur notre tablette, qu’au fait nous n’avançons pas, nous sommes simplement déportés à l’Ouest vers les rochers de l’ile de Burhou.

Nous remettons rapidement cap au 40° en direction de Port Bray. Lors de l’approche du port, faut prêter attentions aux fonds, et nous jouons avec les alignements au lieu des tablettes : tout d’abord au 142° composé de deux balises à cône et à sphère que l’on repère assez facilement entre le château de l’Etoc et le fort Albert, et puis au 210° pour aligner les deux petits feux rouges verticaux qui signalent le musoir du môle intérieur.

Nous amarrons à la bouée no 18 à 15h20. Le garde port se présente à nous sur son zodiac pour les formalités (il est possible de payer par carte de crédit).


Alderney

Nous profitons pour se faire débarquer au port par un bateau taxi joignable sur le canal 37 au prix de 2.-- £ par trajet et par personne (plus utile que d’utiliser l’annexe, surtout quand la nôtre se dégonfle et prend l’eau). Nous partons découvrir l’Ile à pied. Nous arrivons après 1 km au centre de St Anne et visitons ses rues désertes. Même le cimetière avec ses tombes du début du siècle est immergé dans un paisible silence et même le peintre qui peint le muret de blanc de l’école semble suspendu au temps. A notre vitesse, le mur sera terminé l’an prochain. Le temps, une notion qui prend toute son importance ici …

Ces premiers ressentis nous font immédiatement aimer cette ile, presque mystérieuse, charmante, envoutante … Nous ressentons vite le besoin d’en voir plus, de s’imprégner de ses lieux, comme attirés par un chant de sirènes. Il est vrai que j’ai un attachement personnel à cette île, une belle histoire y a eu lieu et me rappelle ces personnes chères qui en ce moment sont parties au bout de leur rêves …


Nous demandons dans un petit shop la possibilité d’avoir un taxi pour nous faire connaître l’ile : la carte de visite de Bill nous est présentée et nous l’appelons aussi vite. Bill nous propose 32.--£ pour visiter l’ile. Il nous donne rendez-vous devant l’école et commençons une expérience inoubliable. Bill, habitant de l’Ile, nous raconte son histoire avec ses tripes, sa passion pour ses terres et ses racines, il nous immerge hors du temps dans un récit auquel nous restons suspendus… son phare, ses vestiges allemands de la 2ème guerre, ses cochons élevés en liberté, les falaises du Sud, les bâtiments du 18ème siècle, ses prairies, ses fleurs caressées par le vent, le bruit de la mer, ses rave-parties connues dans le monde entier, les iles jacassantes aux oiseaux, les remous des courants, les chavirages…Quelle merveilleuse découverte, quel sentiment d’apaisement, à faire partager… Promis, j’y reviendrai ! Nous terminons notre tour en retrouvant l’autre partie de l’équipage au Moorings et dégustons un cocktail qui me laissera un peu, comment dire, pompette.


Qu’avons-nous retenu de cette journée :

  • Les courants : on se sent parfois omni puissants face à nature, mais cela reste bien sûr très aussi mathématique. De là, tenir en compte les courants avec leurs directions et surtout leurs forces est indispensable pour éviter de se trouver en mauvaise posture. Inutile donc de défier mère nature. Des bateaux ont emprunté cette route lors de la dernière Figaro. Le premier a passé, le deuxième encore, le 3ème de justesse, mais les suivants ont tous échoués ou zigzagué pendant des heures sans avancer pensant pouvoir y être épargnés même avec leurs puissants bateaux.

  • Alignements : de nos jours avec les programmes informatiques que nous avons à disposition, il nous semble de plus en plus superflu de les connaitre et les apprendre… Cependant ils peuvent se révéler bien sûr très utiles… Barrer avec une tablette à la main n’est pas toujours ce qui a de plus pratique !

Ce soir nous dégusterons le plat de Markus, poulet au curry et ses petits légumes au four.

Aujourd’hui, nous avons parcouru 24.77M au moteur et 18km en taxi


Mardi 24 juin, Jour 5 :

Alderney – Cherbourg

Pour la navigation d’aujourd’hui nous prévoyons 25M, courants favorables vers Cherbourg, mer belle, vent à F0-2 et visibilité à 6-8M

Nous quittons Alderney à 11h50 après quelques exercices d’amarrage à la bouée, en direction de Cherbourg.

Serge à la barre prend l’alignement parfait de sortie du port que nous allons maintenir jusqu’au phare. Nous allons ensuite faire cap au 90 une fois passé la hauteur du phare de Mannez.

Pour la navigation d’aujourd’hui notre skipper sera Florent. Markus restera en support si besoin. Nous optons également pour une navigation complète sans instruments informatiques. Nous allons nous déplacer grâce aux relèvements, à la carte papier et aux calculs de courant auxquels nous sommes soumis, pour estimer et corriger notre cap. Didier est à la navigation : il passera toute sa journée à la table à carte.

Vers 15h00, nous approchons de Cherbourg et nous alignons au 140 pour entrer par l’entrée W. Le port est entouré de 3 imposantes digues sur près de 8 km, dont la construction a été entreprise en 1778 et qui dura plus d’un siècle, formant une gigantesque rade de 1500ha accessible par deux larges passes à l’ouest et à l’est. Une digue intérieure délimite une seconde rade environ 5 fois moins grande. A elle tout seule elle accueille un arsenal, une gare maritime avec des paquebots et une marina de plus 650 places.

Je fais la manœuvre d’amarrage au port à 16h00. J’y tenais : 3 ans auparavant, j’y étais rentrée à 2h00 du matin sur Myriades, www.myriades.ch, (cf récit Malaga – Les Canaries) lors d’une navigation en provenance d’Amsterdam. C’était la première fois que je naviguais dans le chenal de la Manche, avec les marées, les courants, de nuit. Les souvenirs et les émotions sont bien fortes …

Nous allons nous reposer, car départ prévu le lendemain vers 4h00 du matin pour avoir les courants favorables lors du passage du Raz Blanchard, prendre une bonne douche, manger les macaroni de Serge, cuisinés selon la recette exacte de sa maman, finaliser la navigation de demain pour confirmer l’heure exacte de départ et dormir.


Ce que nous avons retenu de cette journée :

  • Navigation à la carte : les relèvements, les calculs des courants, nous ont permis de tenir un cap quasi parfait. Seul l’absence de la bouée d’atterrage de Cherbourg (ou la décision de manger) nous a enduit en erreur sur l’alignement pour l’entrée au port, mais nous l’avons vite retrouvé. Ceci demande un énorme travail de mise en situation : trouver ses repères, ses calculs, et déterminer ainsi le cap à prendre, mais qui à force rentre et devient plus simple à l’exercice et surtout un jeu. BRAVO Didier !

Aujourd’hui, nous avons parcouru 27.67M toutes au moteur.

Nous totalisons à ce jour 145.48M


! Prévisions météo de demain : vents de NE force 7-8 à partir de midi.


Mercredi 25 juin, Jour 6 :

Cherbourg – Ile de Sercq, via le Raz Blanchard

Le Raz Blanchard, le Raz Blanchard …

Selon encore Wikipédia (https://fr.wikipedia.org/wiki/Raz_Blanchard), que je vous invite à lire, il désigne le passage où sévit l'un des courants de marée les plus puissants d'Europe, situé entre la pointe ouest du cap de la Hague et l'île anglo-normande d'Aurigny, à l'entrée nord du passage de la Déroute (49° 43′ 04″ N, 2° 04′ 06,73″ O). Il marque l'extrémité septentrionale du golfe de Saint-Malo. La vitesse du courant peut avoisiner 12 nœuds (22 km/h) lors des grandes marées d'équinoxe. Toute personne ayant passé ce Cap, est surnommé un « Petit Cap- Hornien »


Pour avoir le courant favorable au moment du passage du Raz-Blanchard nous devons le prendre à partir de 7h00 du matin ou le reporter à la prochaine marée. Mais plus important encore, la météo va se durcir au long de la journée avec des vents NE jusqu’à F7-8 aux alentours de midi. Donc, pas d’option : départ à 4h30 ce matin pour être à l’heure au Raz Blanchard et profiter de ces courants pour atteindre le plus rapidement possible Sark aux alentours de midi avant que le temps se gâte.


Nous hissons la GV à peine sortis du port et le Génois dans la grande digue, prenons le petit déjeuner juste après avoir quitté l’alignement. Prenons cap au 270 en direction du Cap de la Hague, avec une bonne visibilité qui va aller en se diminuant au lever su jour, avec une mer très calme avec des vents à F2. A 7h42 nous arrivons à la hauteur du Raz Blanchard nous prenons cap au 210 et nous faisons pousser/porter par le courant jusqu’à 10 knt de vitesse.


Rapidement le vent monte à Force 4, nous prenons un ris, que nous réenlevons aussitôt. A 9h42 le vent forci à nouveau force 4. A 10h50 nous mettons le cap au 300. A 11h10, le vent forci encore et monte à force 5 : nous avons Sark bien en vue et nous trouvons le moment propice pour faire à tour de rôle des exercices de MOB avec la manœuvre dite du « Crash Tack » et la manouvre dite « en 8 ». La houle est à 2m, ce qui ne rend pas évident la récupération de la défense qui nous joue le rôle du MOB.


A 11h50 nous reprenons le cap avec maintenant Force 7. La navigation commence à devenir tendue, le vent augmente encore, nous mesurons des rafales à 37 kn, mais nous restons concentrés, malgré l’arrivée imminente. Nous décidons d’affaler les voiles à l’approche de la hanse Gosselin, car vent de face, et faire le dernier mille au moteur. Nous amarrons à la bouée à 13h24, éreintés, dans un havre calme et de paix, alors que juste derrière les quelques roches et la passe …. la tempête sévit à Force 8.


Ce que nous retenons de la journée :

  • La passage du Raz Blanchard et une certaine fierté bien modeste

  • Navigation à Force 8 : (déf : coup de vent, vitesse du vent de 34-40 nœud ou 17.2-20.7 m/sec, traînées d’écume, difficile à naviguer contre le vent) et une certaine fierté, malgré l’attention et une prudence totale. L’expérience me donne davantage de confiance et me rassure quant à l’attitude à avoir dans ces moments.

  • Crash tack (MOB) : une manière de stopper instantanément le bateau et ainsi faciliter la récupération d’un MOB, sans oublier les manœuvres de récupération « en 8 ».

Aujourd’hui nous avons parcouru 52.70M, dont 31.51 à la voile.


Jeudi 26 juin, Jour 7 :

Sercq (Sark) – Jersey

Nous quittons Sark ce matin juste après 8h00. La navigation du jour se fera exclusivement avec les prévisions de parcours de Wheather 4D. Il nous « conseille » de prendre Jersey par l’Ouest, alors que le vent arrive d’est, ce qui normalement nous mènerait à avoir le vent pour les derniers 10M dans le nez … Nous décidons quand-même de suivre…

Le temps est toujours gros, malgré de calme paradisiaque de la Hanse Gosselin. Nous sentons quand même les rafales au mouillage. Nous partons de la bouée avec la GV. Comment ça ? Et les bateaux autours ? Et comment va réagir le nôtre ? Comment allons-nous le manœuvrer ? « Pas de panique » nous dit Markus. Nous hissons donc la GV en la choquant complètement. Le bateau réagit toujours aux rafales et se mettant au vent. Alors que la direction au vent est la bonne, c’est-à-dire dégagée d’autres bateaux, nous libérons la bouée et bordons la GV. Le bateau se met en route du côté sécurisé et nous permet de sortir de la zone bouées en toute sécurité. Oui, donc pas de panique ! Nous mettons le cap au 230 puis au 160 en direction du phare de Corbières sur l’ile de Jersey. Le vent est toujours à 7 bft, la houle monte à 3 m dès que nous ne sommes plus protégés par l’île, le temps est dégagé et avons même du soleil. Nous profitons de s’exercer à des mises à la cape dans des situations météo musclées, ce qui rassure l’équipage (et surtout moi) quant à l’attitude du bateau dans de telle circonstances. Passé le phare, comme prévu le vent arrive maintenant dans le nez et au vu de sa force et du courant, une remontée au moteur n’est même pas envisageable. Nous faisons alors quelques bords au près dans des conditions bien soutenues … Après bien 5h30 de navigation dans des conditions à plus de 5 bft nous arrivons sur l’alignement de Saint-Hélier (Jersey). La vision dans ce chaos météorologique des alignements et des amères et bien difficile. Encore une fois, la concentration règne malgré l’épuisement. Nous prenons donc l’alignement 23°, alignons verticalement les deux phares rouge et vert de l’entrée du port. Nous amarrons au port de Saint-Hélier au ponton F à 13h40.

Faisons sécher tous nos habits trempés sur le pont, les voisins de pontons à l’apéro nous regardent comme des martiens arrivées de la tempête… Nous sommes bien contents d’être arrivés, malgré l’adrénaline encore bien présente.

Certains partent à l’avitaillement, d’autres prennent une douche, et d’autres rangent le bateau.

Selon les estimations discutées ces derniers jours, la navigation du lendemain prévoit un départ tôt dans la nuit. La préparation de la navigation confirme le départ prévu à 01h00 du matin pour être, avec les courants, à Saint-Malo aux alentours de 10h00 : le bateau doit être rendu à 13h00. La météo s’annonce comme aujourd’hui avec une accalmie à partir du petit matin. Ouf … le cœur n’y est pas, vraiment pas.


Ce que nous avons retenu de cette journée :

  • Tablettes/estimation de route : malgré que ces programmes tiennent compte de tous les plus précises prévisions, nous avons bien vu qu’atteindre Jersey s’est révélé très ardu et surtout pas du tout comme prévu. La durée, la direction à prendre, se sont relevés complètement faux. Donc rien ne vaut une préparation à l’ancienne, avec météo et carte et surtout un plein de bon-sens.

Nous mangerons ce soir un bœuf-carottes délicieusement cuisiné par Florent et nous nous reposerons une partie de nuit paisible à l’abri de la houle et de la tempête qui à quelques dizaine de mètres fait rage.


Aujourd’hui nous avons parcouru 40.31M, dont 38.31 à la voile.


Vendredi 27 juin, Jour 8 :

Jersey – Saint-Malo

La dernière prise de météo confirme bien les prévisions, vent NE Force 5-6 avec rafales à 7, mer modérée à agitée et ciel étoilé.

Comme prévu, nous quittons le port à 01h15. Dans le bassin de Colette nous hissons la GV en prenant les 2 ris et mettons le cap au 202° sur l’alignement de sortie. Puis au 135, en direction de la cardinale N-E des Minquiers. La houle de 3m se fait rapidement sentir, mais la nuit attenue son intensité. Le temps est quand même encore musclé mais les étoiles et même les étoiles filantes sont là pour nous rassurer, pas de tempête ou de pluie à prévoir. Florent est notre skipper pour la nuit. Il observe, il corrige, il rassure. Au près, ça gite, ça tape, le cœur ne va pas trop bien, buvons du Coca et évitons de descendre en cabine. Nous passons la cardinale à 04h00 et prenons le cap au 180. Le banc signalé par la cardinale E de Chausey est sur la trajectoire. Nous essayons de naviguer au grand largue en faisant attention de ne pas empanner. Nous le dépassons en sécurité, le temps se calme, la houle s’aplatit, le sommeil me gagne, je décide d’aller dormir. Je n’entendrais que vaguement les reprises de ris, le soleil qui se lève, et c’est le calme et le froid qui vont me réveiller. Bien que toute habillée, l’humidité se fait sentir dans le bateau, le matelas de ma cabine est mouillé. Je remonte sur le pont, Florent et Didier sont là, comme le soleil … la nuit est passée, on voit les plages de Cancale: nous sommes bientôt et malheureusement arrivés. Je reprends les indications de navigation étudiées la veille, avec un passage par le Chenal de la Conchée (celui délimité entre le Fort de la Conchée et la tourelle de la Plate)… mais le vent et sa direction en ont décidé autrement. Nous prendrons le Chenal des Petits Pointus à la hauteur de la verte à cloche de la « Sainte Servantine » . Au même moment, un groupe d’une dizaine de dauphins viendra nous saluer pendant plusieurs minutes, tel un comité de bienvenu après le tour … des Iles Anglo-Normandes ! Une expérience magnifique ! Nous gardons l’alignement, passons la verte « Roche aux Anglais » (lieu de convergence des trois chenaux venant d’E), la rouge « Les Crapauds du Bey » jusqu’à la cardinale S du Petit Chenal et mettons cap au port.

L’envie n’y est pas, avec Markus nous proposons une halte au mouillage à Dinard pour un bain et petit déjeuner, sans succès. Je prends alors ma revanche en faisant encore quelques bord dans la baie de la Rance, un de plus, un autre, encore un, un tout dernier … mais bon le voyage touche bien à sa fin. Je prends la direction du Port des Sablons, de son distributeur à essence, faisons le plein et amarrons à la place 89. C’est donc terminé, fini…


Ce que nous retenons de la nuit :

  • Pendant la nuit, par gros temps, la visibilité et la reconnaissance des amères, ne se fait que si nous sommes bien préparés au parcours. De plus, la présence signalée ou pas de pêchers rend l’exercice encore plus ardu : il faut les contourner, rester prudent et vigilant.

Cette nuit nous avons parcouru 40.31M, dont 2 au moteur


Ce que nous retenons lors de cette croisière de formation :

  • La sécurité des équipiers et du bateau prime sur tout

C’est pour cette raison que :

- Une route doit impérativement être « préparée » (route, météo, marée, courants, balisages, ...)

- Faut connaître son bateau

- La communication entre équipiers doit être claire et doit être comprise par l’ensemble.

- L’expérience est indispensable


Et par-dessus tout …

MERCI MERCI MERCI

Nous tenons à adresser un immense MERCI à Markus, pour son professionnalisme et son engament sans faille, pour sa générosité d’âme, sa bienveillance, pour sa passion qu’il partage en toute simplicité et qu’il transmet à chacun d’entre nous …Un immense MERCI à Florent, qui avec sa gentillesse, son calme et son envie d’apprendre, nous a encadrés et rassurés …

Et de manière plus personnelle, je tiens à dire un grand MERCI à vous tous les gars, qui m’avez permis de vivre au fil des marées, un moment unique et une expérience tant exceptionnelle tant formatrice...