Juin 2019 - Un Bol d'or qui restera gravé dans nos mémoires

Updated: May 2

Comme chaque année, nous avons monté un équipage pour participer au Bol d'or 2019 qui est la plus importante régate au monde dans un bassin fermé. Près de 500 voiliers y participent chaque année, certains avec l'ambition de gagner et tous pour le plaisir de naviguer.

C'est était également notre ambition, celle d'avoir du plaisir à naviguer et à participer. Après une soirée festive à la Nautique de Genève, nous avons été nous coucher pas trop tard... car un bol ça ne s'improvise pas.


Les conditions météo annoncées étaient plutôt calme sur le weekend, mis à part le passage d'un front potentiellement dangereux samedi dans l'après-midi... nous voilà avertis!

Le départ est donné dans la pétole à 10h par le coup de canon traditionnel. Nous choisissons de partir sur la côte suisse contrairement à la majorité de la flotte qui choisira la côte française pour remonter le petit lac.

Nous aurons fait le bon choix, puisque nous laisserons derrière nous le "peloton". Ce n'est qu'après 4 heures de course que des voiliers de compétition restés dans la molle de la côte sud nous rattrapent.

Alors que nous étions au large de Port-Ripaille, le ciel commence à se couvrir au milieu de l'après-midi. Les couleurs et la forme des nuages sont inhabituelles. Le plan d'eau reste cependant encore très calme, mais la combinaison de tous les éléments, nous fait penser que nous allons passer un mauvais quart d'heure. Nous nous préparons donc à un passage de front avec des vents entre 30 et 40 kts: Cirés, gilets de sauvetage, bateau rangé, 2 ris sur la GV et le génois prêt à être enroulé et équipage au taquet.

A 17h, alors que le ciel s'assombri avec des vents entre 5 et 10kts, je décide d'écouter les nouvelles météo: "A tous les navires participant au bol d'or, soyez prêts à affronter un front violent qui traverse actuellement le petit lac". J'ai juste le temps de remonter sur le pont, de donner l'ordre d'enrouler le génois avant qu'une rafale ne couche le bateau. Je regarde rapidement sur l'indicateur du vent: 50kts. Le génois était enroulé à moitié quand le bateau s'est couché pour la première fois. Il flottera environ une heure, avant que nous puissions l'enrouler complètement.

Loo Moon (c'est le nom du bateau de Passion-voile), restera couché de longue minutes avec la bôme dans l'eau, jusqu'à ce que nous ayons pu nous mettre en fuite (vent arrière). Concentrés pour ne pas empanner, nous étions obligés de changer d'amure, car à la vitesse de 12 kts au cap 0° nous n'avions que 15 à 30 minutes avant d'atteindre la côte suisse. A chaque tentative de virement, le bateau se recouchait. Après 3 ou 4 essais, nous avons profité d'une petite baisse de régime du vent (35 kts) pour empanner (manœuvre que l'on essaie d'éviter par gros temps...).

Nous gardons donc un cap de 90° en direction du Bouveret à une vitesse de plus de 10kts en évitant d'autres embarcations qui n'avaient pas toutes la chance de pouvoir avancer. Des fusées de détresse à tous les horizons, des bateaux sans mats.. ou plutôt des dérivent pointant vers le ciel, nous voyons un catamaran chavirer à quelques dizaines de mètres. Impossible de leur venir en aide, nous sommes en mode "sécurité pour l'équipage et sauver le bateau". Nous décidons tout de même d'appeler les urgences pour leur donner la position du bateau chaviré: "Toutes nos lignes sont occupées, veuillez réessayer plus tard".

Il ne nous restait plus qu'à espérer que tous les équipiers participant à la régate soient sains et saufs et puissent être secourus à temps.

Après une heure de combat, le vent se calme, et nous réussissons à enrouler le génois. Merci à Marcel qui aura quand même passé près de 30 minutes sur le balcon avant, alors que la girouette pointait encore jusqu'à 45 kts.

Alors que nous reprenons nos esprits, vérifions si l'équipage et le bateau vont bien, la foudre tombe à une dizaine de mètres du bateau.. Plus de peur que de mal, mis à part le pilote automatique (non utilisé durant la course je le précise...) qui rend l'âme à cause de la décharge électromagnétique. Après quelques Whatsapp à nos proches pour dire que nous allons bien, nous reprenons la course dans des conditions "normales".

Merci à tout l'équipage pour son sang froid !

Nous arrivons au Bouveret à 20:27, soit 10h30 après le départ. Ladycat, le vainqueur du bol d'or 2019 passe à peu près en même temps la ligne d'arrivée.

Le retour sur Genève sera très calme. Durant la nuit, nous profitons de quelques risées, mais n'entrerons dans le petit lac qu'au petit matin dans une molle qui durera jusqu'à 10-11h dimanche. Les surprises que nous avions laissés derrière nous jusqu'ici nous dépassent petit à petit, grâce à leur faible poids et bonnes performances dans le petit temps.

Nous arriverons juste avant 13h à Genève, 123e en temps compensé, et meilleur résultat pour Loo Moon. Mais, aujourd'hui, le résultat n'a que peu d'importance. L'important est que nous soyons arrivés entiers à Genève. Nous pensons à tous les équipages qui ont démâté ou qui ont perdu leur bateau dans la course.

L'édition 2019 restera dans les annales pour les organisateurs, mais également gravée dans les mémoires de tous les participants. Un grand Bravo à tous !


Markus


Merci à Marcel d'avoir résumé NOTRE bol en quelques minutes dans ce petit film... beaucoup de plaisir et d'émotions à partager.

69 views