Fastnet 2021 – un rocher célèbre et des belles rencontres

Dernière mise à jour : juin 27

Nous devions passer le Fastnet au sud de l’Irlande à la mi-juin, une étape incontournable dans le programme des compétitions de la classe mini pour laquelle une flotte de plus de 80 voiliers de 6,50 m se sont alignés au départ de Douarnenez en Bretagne. La course emprunte son nom au célèbre roc sur lequel est planté un phare impressionnant qu’on aperçoit par temps clair, même si on se trouve à une distance de 50 km des côtes.

Objectif de la course ? traverser la Manche et la mer d’Irlande, puis contourner le rocher avant de redescendre au point de départ.

Phare du Fastnet situé au sud-ouest de l'Irlande

La météo en a décidé autrement. Les dépressions à répétition s’abattant sur l’ouest de l’Irlande ont eu raison de la volonté des organisateurs et organisatrices, qui n’ont pas voulu nous envoyer au casse-pipe.

Parcours modifié

Passé le moment de déception, les navigateurs et navigatrices ont accepté la sage décision prise par le comité de course. Quant à moi, je me suis presque senti soulagé car lors de mes dernières sorties et courses au large sur Zoé4life, j’ai en effet souvent été freiné par mes craintes. Lorsque la force du vent dépasse 20-25 nœuds (40km/h), j’ai plutôt tendance à rester conservateur, en faisant le choix de hisser une voile plus petite que celle proposée par mon logiciel de routage.


Une coach navigatrice

Nous, c’est Marie-Amélie, ma co-équipière et moi. Zoé4life n’a plus de secrets pour elle depuis qu’elle a traversé l’Atlantique en solitaire avec lui lors de la mini-transat en 2019. Le bateau s’appelait alors Lomig.

Marie-Amélie et Markus avant le départ

Marie-Amélie est également une navigatrice de haut vol, puisqu’elle était partenaire d'entraînement de l’équipe olympique belge de course au large. Elle est très pointue quand il s’agit de régler les voiles, de choisir un routage et de gérer la navigation. Autant dire que j’ai une super coach à bord, qui, le temps de cette Fasnet, m’aide à prendre confiance en mes capacités et celles de mon bateau. Je la laisse prendre le lead pour la conduite de Zoé4life pendant que de mon côté, je tire profit de son expérience, suit ses trucs, ses astuces et enregistre ses précieux conseils.

Le parcours modifié nous a emmené direction sud, sur une bouée d’atterrissage dans le golfe de Gascogne, à l’embouchure de la Gironde, pour une distance totale en ligne droite d’environ 500 milles nautiques. Ce qui correspond à environ 4 à 5 jours de navigation.


L’adrénaline et les émotions fortes, le sel de la course au large

Pendant la course, les moments très calmes ont alterné avec d’autres moments plus intenses. Lors du passage du Raz de Sein par exemple, un passage réputé pour ses courants impressionnants qui peuvent devenir dangereux, nous nous sommes fait entraîner par un courant de 4 nœuds qui venait de se former à marée haute alors que le vent était absent.

Raz de Sein - Cardinale ouest La Plate devant le phare de La Vieille

Dans la matinée de la troisième journée en mer, alors que nous étions déjà sur le retour, nous avons essuyé un violent orage. Le quatrième jour, la dépression active sur l’Irlande nous a mis face à des conditions océaniques, avec un vent de 25 noeuds, une houle avec des creux de plus de 3 mètres et une mer bien formée. Sous l’effet des chocs des vagues contre la coque, notre aérien - la girouette qui mesure la direction et la vitesse du vent - s’est décrochée. C’est ainsi que nous avons dû gérer la navigation sans connaître la direction du vent, avec pour conséquence de devoir barrer pendant 24 heures à tour de rôle, puisque le pilote automatique ne pouvait plus recevoir d’informations.

A l'abri de la tempête - toujours avec le sourire

Quand la pluie s’est abattue sur le bateau secoué par les vagues et le vent, nous nous sommes réfugiés à l’intérieur du carré, ce minuscule espace de 1m2 dans lequel nous pouvions à peine nous tenir assis. A ce moment-là, on s’est regardés en souriant en nous demandant ce que nous étions venus chercher tout en connaissant parfaitement la réponse d’avance…

Après un peu plus de 100 heures de course, nous avons passé la pointe occidentale de Sein, la bouée cardinale la plus à l’ouest de la Bretagne, juste au moment de la renverse du courant. Ce qui nous a permis d’affronter sereinement les derniers 30 milles nautiques que nous avons parcourus en 5 heures, dans de magnifiques conditions, avec un coucher de soleil nous faisant oublier tous les moments difficiles des derniers jours.

La richesse de la course au large

Fatigués, nous n’avons dormi en moyenne que 1 à 2 heures par nuit, nous avons passé la bouée d’arrivée extrêmement heureux du devoir accompli. Pour ma part, à travers cette course, j’ai pris confiance en moi, en ce qui concerne plusieurs aspects de la navigation sur ce petit bateau. Aspects que j’ai pu mettre en pratique lors du convoyage en solitaire vers la Turballe, entrepris quelques jours plus tard. J’y ai battu mon record de vitesse sur Zoé4live à près de 15 nœuds !

Dernière ligne droite, fatigués mais heureux

Nous n’avons pas aperçu le rocher du Fastnet en 2021, mais nous avons vécu une magnifique aventure faite d’apprentissages variés et de très belles rencontres. Celle évidemment avec Marie-Amélie, avec laquelle j’ai partagé une belle complicité durant ces cinq jours de navigation, ainsi que tous les moments partagés avec mes amies et amis ministes que je croise sur les pontons et quand nous naviguons. Une grande Famille, une telle richesse !


Rédaction: Markus Burkhardt / Edition: Élisabeth Thorens-Gaud

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